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Référencement Page 1

| Histoire du Pérou
Les
premières traces de présence humaine au Pérou datent
d'il y a au moins 20 000 ans avant notre ère, mais très
peu de vestiges de cette époque ont été conservés.
À partir de 1250 av. J.-C., plusieurs civilisations venues du nord,
les Chavíns, les Chimús, les Nazcas et les Tiahuanacos s'établirent
dans la région. La ville de Chanchan, dont les ruines sont encore
visibles aujourd'hui, fut d'ailleurs construite par les Chimús
vers 1000 apr. J.-C.
Les Incas, une tribu guerrière du sud de la sierra,
se déplacèrent peu à peu vers le nord de la région
jusqu'à la vallée fertile de Cuzco entre 1100 et 1300. Leur
expansion commença en 1438, avec Pacahuetec, qui entreprit de conquérir
les terres voisines.
Vers 1500, l'Empire inca s'étendait de l'océan
Pacifique jusqu'aux sources du río Paraguay et du fleuve Amazone,
de la région de l'actuelle Quito, en Équateur, jusqu'à
la rivière Maule, au Chili. Ce vaste empire était dirigé
par un inca, ou empereur, qui était adoré comme une divinité.
Riche en gisements d'or et d'argent, le royaume des Incas allait devenir
la cible des ambitions impériales des Espagnols déjà
installés au Panamá.
En 1531, le conquistador espagnol Francisco Pizarro débarqua
au Pérou avec 183 hommes et, utilisant la guerre civile qui divisait
les Incas, réussit en moins de cinq ans à faire de leur
empire une possession espagnole.
En 1535, il fonda sur les bords de la rivière
Rímac une ville dont il fit sa capitale, Ciudad de los Reyes (la
"cité des Rois"), aujourd'hui Lima. Les conflits d'autorité
qui opposèrent bientôt les conquérants espagnols entre
eux débouchèrent sur l'assassinat de Pizarro.
En 1542, Charles Quint, dans le but de rétablir
l'ordre, créa la vice-royauté du Pérou, qui englobait
toutes les possessions espagnoles d'Amérique du Sud, à l'exception
de l'actuel Venezuela. De "nouvelles lois" furent promulguées,
afin de tenter de protéger les Indiens des violences de l'exploitation
des conquistadores. Mais le premier vice-roi espagnol, Nunez de Vela,
arrivé au Pérou en 1544, suscita une vive hostilité
de la part des colons qui se rebellèrent et le tuèrent :
les "nouvelles lois" ne furent jamais appliquées.
C'est avec l'arrivée, en 1569, du vice-roi Francisco
de Toledo, que le système colonial, qui allait prévaloir
pendant plus de deux siècles, se mit véritablement en place.
Il entreprit l'intégration de la population indienne, groupée
en communautés agricoles, placées sous la tutelle d'un particulier
ou de l'État, et favorisa son évangélisation.
La période qui suivit fut particulièrement
prospère, les Espagnols introduisirent sur les premiers plateaux
andins de nouvelles cultures (blé, vigne, olivier) et se mirent
à cultiver la canne à sucre dans des plantations côtières,
en important des esclaves. Cependant, la véritable richesse du
Pérou se trouvait dans son sous-sol qui recèlait de nombreux
métaux précieux, et en particulier l'argent (gisement du
Potosí) qui donna au pays un rôle prépondérant
dans la production mondiale jusqu'au XVIIIe siècle.
En 1780, 60 000 Amérindiens, menés par
José Gabriel Condorcanqui (qui adopta d'ailleurs le nom de son
ancêtre, l'inca Tupac Amaru), se révoltèrent contre
l'autorité espagnole. L'insurrection fut écrasée
en 1781 et Condorcanqui fut exécuté, de même que des
milliers de ses camarades révolutionnaires.
En 1814, une autre révolte fut à son tour
réprimée; pourtant, l'opposition à l'autorité
impériale gagnait toute l'Amérique du Sud espagnole.
En septembre 1820, José de San Martín,
un Argentin qui avait battu les forces espagnoles au Chili, débarqua
avec ses troupes au Pérou. En juillet 1821, il entra dans la ville
de Lima, insurgée.
L'indépendance péruvienne fut proclamée le 28 juillet
1821 et San Martín reçut le titre de protecteur, qu'il abandonna
rapidement au profit de Simón Bolívar. En effet, le héros
de la révolution vénézuélienne entra au Pérou
en 1822, et mit en déroute l'armée espagnole en 1824, lors
de la bataille de Junín, le 6 août, et de la bataille d'Ayacucho,
le 9 décembre, avec l'aide du général Sucre.
Les années suivantes furent extrêmement
chaotiques. Une fois Bolívar parti pour la Grande-Colombie en 1826,
le pays passa sous le joug des propriétaires fonciers et de la
dictature militaire. Le Pérou ne connut pas la paix avant 1845,
lorsque Ramón Castilla, un vétéran d'Ayacucho, s'empara
de la présidence.
Durant ses deux mandats (1845-1851 et 1855-1862), il
entreprit de nombreuses réformes : abolition de l'esclavage, adoption,
en 1860, d'une constitution libérale, construction de voies ferrées.
Castilla commença également à exploiter le guano
et les riches gisements de nitrate.
En 1864, cette exploitation fut à l'origine du
conflit qui déboucha sur une guerre entre le Pérou et l'Espagne,
après que cette dernière se fut emparée des îles
Chincha, riches en guano. Allié à l'Équateur, à
la Bolivie et au Chili, le Pérou en sortit victorieux et le traité
de 1879, qui mettait fin à la guerre, fut l'occasion de voir pour
la première fois sa souveraineté officiellement reconnue
par l'Espagne.
Entre 1879 et 1883, la guerre du Pacifique opposa le
Pérou au Chili au sujet du contrôle de la province de Tarapaca,
riche en nitrates. Battu et amputé d'une partie de son territoire,
ruiné par des années de guerre et les dissenssions internes,
le Pérou tenta alors de se réorganiser.
La reconstruction fut lente et se fit en grande partie
avec l'aide des capitaux étrangers, sous la présidence d'Augusto
Leguía y Salcedo. Après son premier mandat (1908-1912),
il prit à nouveau le pouvoir en 1919, à la faveur d'un coup
d'État militaire, et exerça une autorité quasi dictatoriale.
En 1924, alors qu'il était au pouvoir, des intellectuels
péruviens exilés fondèrent l'Alliance populaire révolutionnaire
américaine (APRA), un mouvement de tendance marxiste, influencé
par la révolution mexicaine. L'APRA, qui exigeait des réformes
fondamentales contre l'oligarchie conservatrice fut rapidement interdite
par Leguía, ce qui ne l'empêcha pas de devenir un parti politique
extrêmement influent.
Dans les années 1930, malgré l'adoption
d'une Constitution démocratique (1933), l'APRA fut l'objet d'une
sanglante répression et les élections qui lui donnèrent
la victoire furent annulées. La présidence revint alors
à Manuel Prado Ugarteche, qui voulut poursuivre la modernisation
du pays, mais dut également compter avec la puissante volonté
réformiste, initiée par l'APRA.
En 1945, une coalition de partis libéraux et de
gauche, dont l'APRA, permit l'élection de José Luis Bustamante
Rivero, un réformateur, à la présidence de la République.
Les droits civils et la liberté de la presse furent renforcés,
et certains pouvoirs dictatoriaux du Président furent abolis par
amendement constitutionnel. En butte à l'hostilité de l'oligarchie
conservatrice, Bustamante fut renversé en 1948 par les militaires
qui mirent l'APRA hors la loi.
Le 2 juillet 1950, Manuel Arturo Odría, l'instigateur
du coup d'État de 1948, fut élu à la présidence
et son gouvernement renforça le système de défense
du Pérou, lança un vaste programme de travaux publics, et
favorisa une plus étroite coopération avec le Brésil,
grâce à une série de pactes économiques et
culturels.
L'élection de 1956 marqua le retour du président
Prado Ugarteche au pouvoir et le renouveau des réformes libérales.
Après une nouvelle tentative des militaires pour s'emparer du pouvoir,
l'élection de 1963 permit le retour à la démocratie,
avec la victoire de Fernando Belaúnde Terry. Celui-ci fut cependant
évincé en octobre 1968, la Constitution fut suspendue et
une junte militaire s'installa au pouvoir, sous la direction du général
Juan Velasco Alvarado.
Après une série de grèves et de
manifestations organisées pour exprimer l'insatisfaction populaire
vis-à-vis du président Velasco, un nouveau coup d'État
militaire renversa le gouvernement péruvien, le 29 août 1975.
Le lendemain, le général Francisco Morales Bermúdez,
qui avait été Premier ministre et ministre de la Guerre
sous Velasco, devint président.
En 1980, une élection présidentielle fut
organisée. Le vainqueur, l'ancien président Belaúnde
Terry, ne parvint pas à redresser la situation économique.
Par ailleurs, les guérilleros maoïstes du Sentier lumineux
(Sendero luminoso) intensifièrent leurs actions. On estime que
cette guérilla fut responsable de la mort d'au moins 18 000 personnes,
dans les années 1980.
La victoire, pour la première fois dans l'histoire
du pays, du candidat de l'APRA, Alan García Pérez, lors
de l'élection présidentielle de 1985, si elle constitua
un véritable événement, ne parvint pas à inverser
la tendance, et le déclin économique du pays se poursuivit.
En juin 1990, Alberto Fujimori, fils d'immigrés
japonais, succéda à García. Le nouveau Président
imposa un programme d'austérité afin de combattre l'hyperinflation
(1 000 p. 100 en 1988-1989). La crise économique provoqua cependant
une nouvelle escalade des actions de la part du Mouvement Tupac Amaru
(MRTA) et du Sentier lumineux, qui déplaça son champ d'action
vers Lima et commença à viser les infrastructures administratives.
Invoquant le terrorisme et la corruption dans les milieux
gouvernementaux, le Président suspendit la Constitution, en avril
1992, et prononça la dissolution du Congrès. En septembre,
l'arrestation d'Abimaël Guzman, le chef du Sentier lumineux, permit
au chef de l'État de conserver le soutien de la population.
De nouvelles élections furent alors fixées
pour 1995 et Alberto Fujimori fut réélu, le 9 avril. Le
18 décembre 1996 au 22 avril 1997, il y eut une prise d'otages
à l'ambassade du Japon par un groupe se réclamant du Mouvement
Tupac Amaru. Les guérilleros furent abattus par les militaires.
En politique étrangère, un différend
frontalier ressurgit entre le Pérou et l'Équateur, en janvier
1995, au sujet du contrôle de la cordillère du Condor. Cette
zone, longue de 78 km, presque inhabitée, mais riche en gisements
pétroliers, avait été attribuée au Pérou
en 1950 après arbitrage international. Cependant, l'Équateur,
qui n'avait jamais accepté cette décision, déclencha
les hostilités. Les combats se poursuivirent jusqu'à la
mi-février et firent quelque 200 morts et blessés, de part
et d'autre. Deux accords de cessez-le-feu furent finalement signés
en mars, sous l'égide des pays du Protocole de Rio (États-Unis,
Brésil, Argentine, Chili), prévoyant la démilitarisation
de la zone et l'organisation de négociations pacifiques entre les
deux pays.
Les principales dates de
l'histoire du Pérou
| 1000
à 250 av J-C |
Période
de la culture Chavín |
| 800
av J-C à 200 ap J-C |
Période
de la culture Paracas |
| 200
av J-C à 600 ap J-C |
Période
de la culture Mochica ou Moche |
| 200
av J-C à 600 ap J-C |
Période
de la culture Nazca |
| 600
à 1000 ap J-C
100av J-C à 1000 ap J-C |
Période
de la culture Huari ou Wari
Période de la culture Tiahuanaco |
| 900
à 1470 ap J-C |
Période
de la culture Chimú |
| 1200 |
Début de
la culture Inca |
| Fin
du 15é siècle |
L'Inca
Pachacutec passe le flambeau à son fils Tupac Yupanquí, qui étend
l'Empire jusqu'au territoire Equatorien. |
| 1493 |
Mort de
l'Inca Tupac Yupanquí.
Son fils, Huayna Cápac, lui succède et prolonge l'Empire Inca
jusqu'à la frontière de la Colombie. |
| 1527 |
L'Inca
Huayna Cápac décède. |
| 1530
- 1532 |
Une guerre
de succession éclate entre les deux fils d'Huayna Cápac, Huáscar
et Atahualpa. Cedernier écrase les troupes de son frère.
|
| 1531 |
Le conquistador
Fransisco Pizarro arrive au nord
du Pérou, à Tumbes. |
| 1532 |
A cajamarca,
au Pérou, Pizarro et ses hommes tendent un piège à Atahualpa et
le font prisonnier. |
| 1533 |
Atahualpa
est assassiné. |
| 1535 |
Pizarro
fonde la ville de Lima. |
| 1536 |
L'inca
Manco assiège la ville de Cuzco. |
| 1551 |
Fondation
de la première université en Amérique du sud, l'université San
Marcos à Lima. |
| 1563 |
Création
de l'Audiencia Real de Lima (juridiction territoriale et judiciaire),
placée sous la tutelle de la couronne d'Espagne. |
| 1570 |
Le tribunal
de l'Inquisition est institué à Lima. |
| 1572 |
Tupac Amarú,
fils de Manco, est exécuté à Cuzco. |
| 1767 |
Les jésuites
sont expulsés du continent. |
| 1821 |
Le Pérou
proclame son indépendance. |
| 1824 |
Défaite
des espagnols à Junín et Ayacucho. |
| 1826 |
Simón Bolívar
quitte le Pérou. |
| 1854 |
Abolition
de l'esclavage. |
| 1864 |
L'Espagne
tente de s'accaparer des îles Chincha. |
| 1879 |
Début de
la guerre du Pacifique, qui implica le Pérou, la Bolivie et le
Chili |
| 1883 |
Fin de
la guerre du Pacifique. La Bolivie perd son accès à la mer et
le Pérou est dépouillé de Tarapacá |
| 1941 |
L'armée
Péruvienne envahit le sud de l'Equateur. |
| 1942 |
A la suite
du protocole de Rio de Janeiro, l'Equateur perd une importante
partie de son territoire au profit du Pérou. |
| 1979 |
Le Pérou
intègre le Pacte Andin. Les autres menbres en sont la Colombie,
le chili et l'Equateur. Cette association favorise le libre-échange
entre ces pays. |
| 1980 |
Début des
activités terroristes du Sentier Lumineux. |
| 1984 |
Début des
activités du MRTA. |
| 1985 |
Alan García
est élu Président. |
| 1986 |
Environ
200 prisonniers, menbres du Sentier Lumineux périssent dans les
prisons de Lima à la suite d'un affrontement avec les forces de
l'ordre. |
| 1989 |
Le leader
du MRTA, Victor Polay, est capturé. |
| 1990 |
Victor
Polay et 46 de ses compagnons s'évadent de prison. |
| 1990 |
Envers
et contre tous, Alberto Fujimori gagne les élections et accède
à la présidence de la République. |
| 1991 |
Une épidémie
de choléra se propage à travers le pays. |
| 1992 |
Victor
Polay est capturé une seconde fois et est incarcéré à nouveau.
|
| 1992 |
Capture,
à Lima, du chef emblématique du mouvement du Sentier Lumineux
: Abimael Guzmán, |
| 1994 |
Alberto
Fujimori est élu pour un second mandat. |
| 1995 |
Début janvier,
friction à la frontière de l'Equateur. |
| 1996 |
Prise d'otages
à l'ambassade du Japon par le mouvement térroriste Tupac Amarú.
|
| 1997 |
Le 22 avril,
l'armée Péruvienne prend l'ambassade du Japon par surprise. Tous
les terroristes, un des oatges et un officier des forces de l'ordre
périssent aussi dans l'opération.
Tous les autres otages ont été libérés. |
| 2000 |
Dans des
circonstances très controversées, Alberto Fujimori, a été réélu
président du Pérou. |
| 2000 |
Alberto
Fujimori, destitué pour «incapacité morale permanente».
Valentin Paniagua président du congrès est nomé président par
intérim. |
| 2001 |
Alejandro Toledo élu président du Pérou. |
Les Treize Incas du "Tahuantinsuyo"
a dynastie des lncas laisse errer ses racines dans un passé légendaire.
Il est d'autant plus difficile d'émettre des hypothèses
que ce passé est lointain. En général, les historiens
s'accordent pour diviser la période inca en deux phases : l`empire
légendaire et l`empire historique.I,a première étape
commencerait avec Manco Capac, vers l'an 1200 de notre ère, et
ne correspondrait pas encore à une période expansionniste.
Manco Capac aurait été suivi de sept Incas : Sinchi Roca,
Lloque Yupanqui, Mayta Capac, Capac Yupanqui, Inca Roca, Yahuar Huaca
et Viracocha.De Manco Capac, premier Inca de la dynastie, nous ignorons
l'origine et la personnalité. Sa soeur et épouse s'appelait
Mama Ocllo. Selon la tradition, ce couple (sorte d'Adam et Eve des Incas)
aurait été engendré par le Dieu Viracocha sur les
bords du lac Titicaca et le dieu lui-même leur aurait confié
pour mission de fonder un nouvel empire. Manco Capac et Mama Ocllo
Après une longue marche, Manco Capac aurait conquis
Cuzco et se serait établi dans la partie basse de la ville, le
"Hurin Cuzco", tandis que les habitants s`installaient dans
le "Hanan Cuzco", la partie haute. Sinchi Roca, vers 1230, engendré
avant l'arrivée à Cuzco, n'agrandit pas le territoire de
son père. Lloque Yupanqui, son fils, commença à gouverner
vers 1260, auquel lui succéda, vers 1290, Mayta Capac, considéré
dès sa naissance comme marqué par les dieux, puisque l'on
croyait qu'il etait né après trois mois de gestation...
Capac Yupanqui, (vers 1320), fut le premier à conquérir
certaines terres en dehors du Cuzco. C'est aussi le dernier de la dynastie
des "Hurin Cuzco".
Le mythe des quatre frères Ayar
Ce mythe de la fondation Inca par Manco Capac et Mama Ocllo, rapporté
par les chroniqueurs espagnols et qui semble assez fortement teinté
de judéo-christianisme (à moins qu'il ne traduise une possible
origine Aymara de cette dynastie) entre en concurrence avec un second
- d'allure plus préhistorique - celui des quatre frères
Ayar, sortis avec leurs épouses de la grotte de Pacaritambo, non
loin de Cuzco et qui seraient descendus s'établir dans le bassin
de Cuzco. L'un des quatre frères, Ayar Manco aurait été
désigné roi sous le nom de Manco Capac (capac voulant dire
"chef" ou "seigneur"). L'archéologue et historien
péruvien Luis Valcarcel avance une explication politico-ethnique
de ce mythe : les quatre "frères" auraient symbolisé
des tribus concurrentes, et finalement, celle de Ayar Manco, la tribu
des Masca, aurait pris le dessus sur les autres.
Or justement, les Incas avaient pour principal insigne de leur pouvoir
une frange rouge sur leur coiffe ; la masca-paycha, ce qui en quechua
signifie "l'insigne des masca".
Pour rétablir la vérité historique, il est bon de
préciser que les Incas n'ont jamais été les premiers
occupants de la région de Cuzco : l'archéologue américain
H. Rowe y a relevé les traces d'une culture influencée par
celle de Chavin, à laquelle il a donné le nom de Chanapata
(vers 500 avant J.-C.), à laquelle à succédé
une occupation datant de la phase d'expansion de Tiahuanaco-Huari (de
500 à 1000 après J.-C.). Les deux mythes ne font en fait
que traduire de profonds bouleversements géopolitiques dûs
à des flux migatoires (très certainement d'origine aymara)
qui vers cette époque, prennent pied dans les Andes Centrales.
Formation du "Tahuantinsuyo"
Avec Inca Roca, commença la dynastie des "Hanan Cuzco",
vers 1350. Ce fut le premier à prendre le nom d'Inca. Les précédents,
qui n'étaient que des chefs tribaux, s'appelaient Sinchi ou Manco
. Yahuar Huaca, dont le nom signifie "qui pleure du sang", aurait,
dit-on, versé des larmes de sang, en se voyant capturé,
dans son enfance, par des conspirateurs. Viracocha, enfin, dut commencer
à gouverner vers 1410. Il aurait pris ce nom après que cette
divinité suprême lui soit apparue...
Jusqu'alors, les régions conquises n'étaient nullement protegées
et dirigées par les sujets de l'Empereur. Avec Viracocha, ceux-ci
s'aventurèrent dans des zones de plus en plus lointaines, et combattirent
des peuples importants, tels que les Chancas, éternels ennemis
des Incas, dans la région d'Abancay. A partir de cette époque
nait le concept de Tahuantinsuyo (littéralement "les quatre
parties du monde", autrement dit les quatre points cardinaux selon
lesquels les Incas divisent leur empire : Chinchaysuyo (le Nord), Antisuyo
(l'Est, ou pays des Antis, nom donné aux indiens d'Amazonie), le
Collaysuyo (le Sud, ou pays des Collas, c'est-à-dire les tribus
du lac Titicaca) et Continsuyo (l'Ouest).
Viracocha étant déjà vieux, ce fut son fils, Inca
Yupanqui dénommé plus tard Pachacutec, qui devait défendre
la vallée de Cuzco de ses terribles envahisseurs, les Chancas.
L'apogée de l'empire incaAvec Pachacutec, "le Rénovateur",
qui régna entre 1438 et 1471, commença la grande période
d'expansion du royaume Inca. C'est la période que l'on qualifie
"d'historique". En effet, sa victoire sur les Chancas ouvrit
la porte à de nouvelles conquêtes, parfois incroyablement
faciles et rapides. Pachacutec, fier de ses batailles contre ses ennemis
irréductibles, se serait fait nommer Inca, alors même que
son père était vivant, et contre la volonté de celui-ci
- qui avait désigné comme successeur son autre fils, Urcos
(qui régna peut-être pendant un temps très court,
mais ne figure pas sur la liste des Incas). La suite de son règne
fut un long cortège de victoires et de conquêtes. On le surnomme
aussi le "Napoléon des Incas", car il prit en outre le
temps de bâtir des villes, d'éditer des lois et de mettre
sur pied une formidable administration. Il serait mort centenaire.Tupac
Yupanqui, fils de Pachacutec, qui régna jusqu'en 1493, avait été
appelé à corégner avec son père, formant avec
lui un vaste empire, que les autres souverains tenteront, non plus tellement
d'agrandir, mais de conserver intact. Pour ces conquêtes, les incas
n'utilisèrent pas que la force, et surent agir parfois avec une
grande diplomatie. Les anciens chefs des tribus conquises demeuraient
à la tête du nouvel état inca, et étaient invités
à Cuzco, afin d'y être flattés, et de connaître
la capitale du grand Empire. Leurs fils y étaient également
envoyés pour apprendre la langue officielle, le runasimi, ou "langue
de l'homme", qui devait remplacer peu à peu les innombrables
dialectes particuliers des zones soumises. L'Inca Pachacutec
Comme les limites du Tahuantinsuyo reculaient de plus
en plus, il fallut établir certaines institutions propres a conserver
l'unité politique. Par exemple, l'on transplantait des tribus entières
récemment conquises dans des zones assujetties et loyales. Tandis
que leurs habitants d'origine s'en allaient coloniser les régions
plus turbulentes. Cette pratique, les mitimae, permettait aussi de déplacer
une population rebelle, et de la surveiller dans une région proche
de la capitale.
Le début de la fin
Mais en 1532, Francisco Pizarro débarquait à Tumbes, au
nord du pays, dans l'intention de conquérir l'empire inca, dont
il connaissait l'existence et la richesse. Il avait suivi, quelques années
auparavant, la côte Pacifique, recueillant ainsi de précieux
renseignements sur ce royaume puissant, s'étendant plus au sud.
Il savait aussi que le grand Inca Huayna Capac (régnant entre 1493
et 1525) était mort, laissant le pays divisé entre deux
de ses fils : Huascar, l'héritier légitime, conçu
par son épouse, et Atahualpa, le fils bâtard, mais préféré...
La situation était peu brillante en ce vaste domaine : le souverain
legitime, vaincu par les partisans de son frère, avait éte
fait prisonnier par celui-ci, qui tenait en main les rênes de l'
Etat
Le pays était alors partagé en deux camps ennemis, assoiffés
de haine et de vengeance. Pizarro était conscient de l'opportunité
de son arrivée : le moment était propice pour mettre à
profit la guerre civile qui opposait les militants des deux prétendants
au trône, au milieu du désordre général. Il
décida donc de se mettre en route, et partit avec sa troupe à
la rencontre de l'Inca
Entretemps, Atahualpa, après avoir triomphé de son rival,
séjournait dans la ville de Cajamarca. Là, il avait été
informé que des hommes mystérieux, venant des mers, avaient
pénétré sur le territoire inca et semblaient se diriger
vers lui. Ces curieux individus, d'autre part, semblaient faire corps
avec un animal étrange (le cheval), bien plus grand que le lama,
inconnu jusqu'alors. Leurs armes, dont certaines crachaient des éclairs,
leurs cuirasses, leur rapidité à se déplacer ne pouvaient
qu'inquiéter l'entourage d'Atahualpa.
Mais sur la foi des rapports qu'il avait reçu quant au petit nombre
des Espagnols - et leur cupidité qui faisait plutôt penser
à une bande de brigands - ses craintes s'étaient peu à
peu dissipées. Aussi, le nouveau souverain, encore grisé
par sa récente victoire, ne sembla guère effrayé
à la vue de ces visages barbus et fatigués, de ces chevaux
epuisés, qui, après un voyage harassant de deux mois, étaient
enfin parvenus à Cajamarca, où allait se jouer en un éclair
le destin de tout un peuple et la fin de l'empire Inca.
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