Lima

Avec ses 9.32 millions d’habitants, Lima est la capitale du Pérou. C’est une porte ouverte vers l’extérieur avec son aéroport et son port, situés tous deux à  Callao qui fut un des derniers bastions de la présence coloniale sur le continent . Callao, par laquelle il y a de fortes chances que vous arriviez à Lima, avait été fortifiée par les colonisateurs espagnols pour éviter les attaques des pirates dont le fameux anglais Francis Drake. C’était là que l’on rassemblait et chargeait d’or et d’argent les vaisseaux en partance pour l’Espagne de Charles Quint et de Philippe II. Callao vécut la dernière tentative des royalistes espagnols de reconquérir le pays mais ceux-ci furent vaincus par les indépendantistes péruviens le 02 mai 1866.

La ville de Lima fut fondée le 18 janvier 1535 par le conquistador Francisco de Pizarro. Le blason de la cité porte l’aigle à deux têtes, symbole des Habsbourgs . La ville enveloppée de brume est située dans la vallée du fleuve Rimac ; c’est une grande métropole où règnent les contradictions. Située le long de la côte Pacifique dans un paysage désertique, Lima est une oasis mélangeant tradition et modernité, richesse et pauvreté.  D’avril à octobre, la ville est baignée par la Garua, fin manteau de brouillard venu de l’océan, qui cache tout rayon de soleil. Durant l’été local, de décembre à mars – nous sommes dans l’hémisphère sud -, la chaleur et l’humidité ambiante rendent les activités éprouvantes.  Mais que cela ne vous empêche pas de la visiter y découvrir un grand nombre de trésors historiques, culturels et archéologiques avant de faire plus ample connaissance avec le reste de ce pays si diversifié qu’est le Pérou.

Lima a connu une forte et rapide expansion à partir de 1940; elle a été transformée ces dernières décennies par une croissance galopante: près de la moitié des habitants actuels n’y sont pas nés et beaucoup plus de la moitié descendent de provinciaux. Les Andes et l’Amazonie ont fourni un fort contingent de ces immigrés, ce qui donne aujourd’hui à la ville, un caractère désordonné et surpeuplé. Malgré cela, Lima reste un passage obligé : l’hospitalité et la sympathie de sa population, ses habitants traditionnels, qui sont gens d’esprit ; les jeux de mots habiles ou sarcastiques fusent et suscitent les rires et les sourires. On aime la bonne vie et les réunions autour de la guitare ou du cajón pour chanter et danser la valse péruvienne, ou pour danser la marinera nationale, le tondero du nord, le landó afro-péruvien. La multitude de ses musées, églises et monuments historiques, sa vie nocturne vibrante et trépidante, vous ensorcelleront.

Le jeu amoureux est une caractéristique et un des charmes de Lima, comme de toute la côte, et même, avec des modalités diverses, de toute l’Amazonie et des Andes. La coquetterie des habitantes de Lima est célèbre depuis très longtemps et les gravures d’époque peignent très bien les tapadas, les femmes que cachaient leur visage derrière des voilettes et qui, des temps en temps, laissaient entrevoir un oeil pour attiser un soupirant. Le manège des regards et des billets doux, des galanteries (les piropos), des rencontres, est plein de codes et d’attraits, mais aussi de méprises pour celui qui ne les connaît pas et se trompe sur les intentions ou les modalités.

L’architecture coloniale, avec ses grandes maisons autour du patio , avec ses balcons de bois protégés de regards indiscrets par des “jalousies”, avec son urbanisme carré de rues étroites, portant chacune un ancien nom légué par les métiers qui l’occupaient, a réussi à conserver certains recoins d’un autre âge, comme le vieux centre, le Cercado , même si la verdure a bien diminué dans cette cité qui était connue comme la “ville-jardin”

Le centre de Lima s’est doublé d’un grand centre commercial à Miraflores. Puis, à mesure que la pression des classes moyennes a envahí Miraflores, de nouveaux centres ont suivi les “bonnes familles” vers les quartiers résidentiels périphériques, style nord-américain.  Certaines rues de Miraflores témoignent encore de l’évolution des modes de vie : les grandes maisons en adobes, briques du début du siècle, abritaient des familles étendues, composées des maîtres des lieux, des parents directs ou éloignés, des domestiques, des filleuls…Il y a quarante ans intervint la concurrence des villas pour les familles verticales des parents, grands-parents et enfants.  Vous pourrez découvrir aussi les quartiers huppés de Surco et de San Isidro. Vous pourrez aussi découvrir la vie nocturne et artistique du pittoresque quartier de Barranco et accéder aux plages liméniennes.

La «Plaza de Armas»

Au cœur de la vieille ville, avec au centre sa fontaine datant de 1650, est bordée par le Palais du Gouvernement et la Cathédrale d’un pur baroque espagnol ; elle date de 1625 mais fut reconstruite en 1746 par la Municipalité après un tremblement de terre.  A noter que la garde présidentielle porte le shako et  le costume des hussards de la cavalerie qui chargea pour l’indépendance dans la plaine de la Quinua à Ayacucho.

L’église de Santo Domingo

Remaniée au XVIIème siècle, elle renferme les tombes de Sainte Rosa de Lima, la première sainte des Amériques et de Saint Martin de Porres, tous les deux très populaires au Pérou.

L’église et le couvent de San Francisco

Sont les chefs-d’œuvre de l’art religieux de Lima. L’église datant du XVIème-XVIIème siècle est le seul bâtiment de la ville à avoir survécu aux terribles tremblements de terre de 1687 et 1674.

Le Palais Torre Tagle

Construit en 1735, sa une façade est de style baroque andalou. Il dispose de deux balcons à jalousies de style mudéjar richement sculpté.  Il appartient actuellement aux Affaires étrangères.

Musées

Lima est riche en musées, tels que:

  • Le Musée National d’Anthropologie et d’Archéologie: magnifiques collections de céramiques Chavin, Mochica, Chimu. Ses salles renferment de précieux tissus, des momies, des sculptures, des quipus incas.
  • Le Musée de l’Or, est le plus important musée de l’or d’Amérique. Belle collection d’objets rituels et de bijoux d’or, préincas et incas. Nombreuses pièces de l’époque Mochica et Chimu : vases, diadèmes, pectoraux, masques, colliers…
  • Et bien d’autres musées comme: le musée Larco Herrera, le Musée de Osma, le Musée Amarro, le musée de la Nacion, etc.

SITES ARCHÉOLOGIQUES

L’oracle de PACHACAMAC

Selon des mythes très anciens rapportés par les chroniqueurs espagnols, le dieu Kon, fils du Soleil et de la Lune, qui était venu du nord par la mer et qui n’avait ni os ni chair, créa le monde et les premiers hommes. Pour les châtier de leur inconduite à son égard, il aurait attiré la malédiction sur leurs terres en les privant de pluie. C’est alors qu’apparut le dieu Pachacamac, le «Soutien du Monde», qui transforma les habitants de la côte en animaux et créa une nouvelle humanité. Celle-ci, reconnaissante, lui dédia dans la vallée du Lurin, un sanctuaire qui attira des foules de pèlerins.

Pour les anciens Péruviens, Pachacamac était l’animateur du Monde, non pas le Créateur dans un sens judéo-chrétien, mais le dieu qui met dans les êtres, les choses et le temps la puissance qui leur permet d’exister, de fonctionner et de durer. A l’origine, il n’est pas à confondre avec le dieu Viracocha.

Etymologiquement, le nom de Pachacamac est composé de Pacha qui est l’univers, et de Camac, qui selon Cieza de Leon, veut dire «créateur». Mais Garcilaso de la Vega a tenté de corriger cette interprétation : selon lui, Camac est le participe présent du verbe cama , qui veut dire «animer». Pachacamac serait donc «l’animateur et l’âme du monde».

Au débouché de la fertile vallée du Rio Lurin, entre la côte et la route Panaméricaine Sud, se dressent les ruines de ce qui fut l’un des plus prestigieux sanctuaires du Pérou précolombien, consacré à Pachacamac, «Celui qui maintient le monde» en quechua. Avant la conquête inca, au 15e siècle, il fut probablement désigné sous le nom d’Irma, un dieu-créateur qui exprimait des oracles.

Du mythe à l’archéologie : Culturellement, la civilisation attestée à Pachacamac dans les temps les plus anciens appartient à celle d’Ica-Nazca (200 à 900 après J.-C.), avant d’être influencée par la culture de Tiahuanaco-Huari lors de son avancée sur la côte. A partir du 13e siècle, Pachacamac fit partie d’une confédération ou d’un royaume indépendant qui s’étendait au Nord jusque dans la vallée du Rimac, où se trouve aujourd’hui Lima. Lors de la conquête de cette partie du littoral par l’Inca Tupac Yupanqui, ce royaume était gouverné par un certain Cuismancu, qui offrit sa soumission. En échange, l’Inca respecta le sanctuaire et sa divinité, qui fut identifiée au dieu Viracocha. Un temple du Soleil y fut alors construit. De somptueuses donations en firent le temple le plus fameux de l’empire après celui du Coricancha, à Cuzco. Les Espagnols qui visitèrent le sanctuaire pour la première fois en 1533 – la fameuse expédition d’Hernando Pizarro de Cajamarca à Pachacamac, relatée par Miguel de Estete, conquistador et chroniqueur – pillèrent ses trésors et entreprirent sa démolition.

Temple de Pachacamac, ou «Templo Viejo»

Grâce à Miguel de Estete, qui accompagna le conquistador Hernando Pizarro lors de sa visite à Pachacamac en janvier 1533, nous savons que ce temple renfermait une idole principale en bois, barbouillée de sang, dans un local sombre et puant dont les murs étaient revêtus de plaques d’or, tandis que les ustensiles rituels étaient fabriqués dans le même métal.

Partie la plus ancienne du site, le temple lui-même est une immense structure artificielle de plan ovale, constitué de centaines de milliers de briques d’adobe, probablement modelées à la main : il remonterait à la culture Maranga-Lima (culture de l’époque  500-700 après J-C). Il est aujourd’hui presque complètement recouvert par le sable.

L’idole de Pachacamac, qui est en fait la partie supérieure d’un long bâton de bois sculpté, représente un personnage biface coiffé d’un bonnet : on l’attribue à une _expression locale de la culture de Tiahuanaco-Huari, baptisée Huari-Ichimay (entre 1100 et 1300). Elle est conservée dans l’une des salles du Musée de Pachacamac.

Temple de Urpi-Huachac (ou Urpiwachak)

Situé derrière le musée du site et à l’écart des autres constructions, près d’un étang aujourd’hui desséché, ce bâtiment presque entièrement détruit aurait été consacré, selon Julio C. Tello, à la déesse Urpi Huachac qui, selon d’anciennes légendes, était l’épouse du dieu Pachacamac.

Le «Temple peint»

Faisant face à la Place des Pélerins et dressé devant les temples de Pachacamac et du Soleil, cette structure rectangulaire, de taille plus modeste que ses voisines, présente une façade constituée de petites terrasses sur lesquelles on aperçoit encore des restes de peintures murales (très détériorées) ornées de motifs floraux ou marins. Jorge C. Muelle y inventoria 16 couches différentes de peinture, signe qu’elles furent restaurées ou refaites à l’époque où le site était dans sa splendeur. Le «temple peint» est considéré comme légèrement antérieur à la domination inca, on l’attribue à la dernière période de la culture locale Huari-Ichimay (vers 1300-1500).

Temple de la Lune

Cet immense bâtiment restauré, doit cette appellation à Max Uhle, archéologue allemand, qui l’identifia comme tel, mais cette attribution est loin d’être certaine. Il présente une architecture typiquement inca dans les sections de ses murs élevés en gros blocs de pierre soigneusement taillés et appareillés, et ses portes et ses niches trapézoïdales que l’on découvre depuis la cour du sanctuaire, derrière de solides piliers carrés qui devaient soutenir les toitures de galeries.

Acclahuasi

Restauré de fond en comble après les fouilles effectuées  en 1940-1945 par Julio C. Tello, père de l’archéologie péruvienne, cet édifice fut élevé à l’époque inca en adobes sur des bases en pierre de taille, comme les constructions de Cuzco. Il aurait servi de monastère (acclahuasi) aux acclas, ou «femmes choisies», attachées au sanctuaire (la présence de squelettes de femmes entourés d’un intéressant mobilier funéraire tendent à démontrer que l’on sacrifiait des vierges, probablement au dieu Soleil). Depuis de petites cours intérieures, on remarque des rangées de grandes niches trapézoïdales, où l’on devait placer des offrandes et des idoles.

Place des Pélerins

Cette immense esplanade rectangulaire, où subsistent des files de tronçons de colonnes en adobes qui supportaient des toitures légères, servait peut-être de lieu de rassemblement et d’abri aux nombreux pélerins qui venaient accomplir leurs dévotions dans les sanctuaires. Sans doute d’origine très ancienne, il semble qu’elle ait été complètement remodelée à l’époque des Incas.

Temple du Soleil

Cet imposant édifice pyramidal, en partie restauré, fut érigé par les Incas, probablement sous le règne de Tupac Yupanqui ; il était consacré au dieu Soleil. Considéré comme le plus important après le fameux Coricancha de Cuzco, il ne comportait pas moins de six plates-formes superposées en retrait, au-dessus d’un soubassement, dont la dernière supportait une chapelle. Sur ses murs sont encore conservés quelques vestiges de fresques.

Tauri Chumbi

A l’Est d’une voie que traverse aujourd’hui l’actuelle route Panaméricaine Sud, se trouvait le vaste secteur dénommé Tauri Chumbi qui devait être occupé par des résidences civiles et une pyramide à rampe, peut-être réservées à un curaca (Chef vassal de l’Inca) du nom de Tauri Chumbi et à sa suite. Les vestiges de ce quartier sont les plus récents du site : ils sont les témoins du petit centre administratif que les Incas avaient établi à Pachacamac pour dominer la vallée du Rio Lurin. L’endroit fut probablement mis à sac par Hernando Pizarro en 1533.

Mateo Salado

Nom donné aux vestiges, aujourd’hui assez dégradés, d’un ensemble de pyramides de la culture Maranga-Lima (500-900 après J-C) qui subsistent encore à l’Ouest du centre de Lima. Les constructions, étagées sur des terrasses, sont faites en gros blocs d’adobes et présentent des restes d’habitations dont on suppose qu’elles servirent de palais au représentant de l’Inca, lorsque la vallée du Rimac passa sous son contrôle.  Curieusement, le nom de ce complexe archéologique est dû à un Français, Mathieu Salade. Venu à Lima au 16e siècle, il s’établit dans les parages et y commença une campagne de fouilles et d’excavations qui attira sur lui les foudres du tribunal de la Sainte Inquisition de Lima qui le déclara hérétique et le condamna au bûcher en 1573.

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