L’empire inca et son héritage

La dynastie des lncas laisse errer ses racines dans un passé légendaire. Il est d’autant plus difficile d’émettre des hypothèses que ce passé est lointain. En général, les historiens s’accordent pour diviser la période inca en deux phases : L’Empire légendaire et l’Empire historique. I,a première étape commencerait avec Manco Capac, vers l’an 1200 de notre ère, et ne correspondrait pas encore à une période expansionniste. Manco Capac aurait été suivi de sept Incas : Sinchi Roca, Lloque Yupanqui, Mayta Capac, Capac Yupanqui, Inca Roca, Yahuar Huaca et Viracocha.

Dinastie Panaca Qhapaq Inca
Hurin Chima panaca Manco Cápac
Raurahua Panaca Sinchi Roca
Auayni Panaca Lloque Yupanqui
Usca Mayta Panaca Mayta Cápac
Apo Mayta Panaca Cápac Yupanqui
Hanan Vica Quirao Panaca Inca Roca
Aucaylli Panaca Yahuar Huacac
Socso Panaca Viracocha Inca
Hatun Ayllo Pachacútec Inca Yupanqui
Capac Ayllo Túpac Yupanqui
Tumipampa Panaca Huayna Cápac

L’Empire légendaire : les fondateurs

De Manco Capac, premier Inca de la dynastie, nous ignorons l’origine et la personnalité. Sa sœur et épouse s’appelait Mama Ocllo. Selon la tradition, ce couple (sorte d’Adam et Eve des Incas) aurait été engendré par le Dieu Viracocha sur les bords du lac Titicaca et le dieu lui-même leur aurait confié pour mission de fonder un nouvel empire. Après une longue marche, Manco Capac aurait conquis Cuzco et se serait établi dans la partie basse de la ville, le «Hurin Cuzco», tandis que les habitants s’installaient dans le «Hanan Cuzco», la partie haute.. Sinchi Roca, vers 1230, engendré avant l’arrivée à Cuzco, n’agrandit pas le territoire de son père. Lloque Yupanqui, son fils, commença à gouverner vers 1260, auquel lui succéda, vers 1290, Mayta Capac, considéré dès sa naissance comme marqué par les dieux, puisque l’on croyait qu’il était né après trois mois de gestation… Capac Yupanqui, (vers 1320), fut le premier à conquérir certaines terres en dehors du Cuzco. C’est aussi le dernier de la dynastie des «Hurin Cuzco».

L’empire historique : l’expansion inca

Avec Inca Roca, commença la dynastie des «Hanan Cuzco», vers 1350. Ce fut le premier à prendre le nom d’Inca. Les précédents, qui n’étaient que des chefs tribaux, s’appelaient Sinchi ou Manco . Yahuar Huaca, dont le nom signifie «qui pleure du sang», aurait, dit-on, versé des larmes de sang, en se voyant capturé, dans son enfance, par des conspirateurs… Viracocha, enfin, dut commencer à gouverner vers 1410. Il aurait pris ce nom après que cette divinité suprême lui soit apparue… Jusqu’alors, les régions conquises n’étaient nullement protegées et dirigées par les sujets de l’Empereur. Avec Viracocha, ceux-ci s’aventurèrent dans des zones de plus en plus lointaines, et combattirent des peuples importants, tels que les Chancas, éternels ennemis des Incas, dans la région d’Abancay. Viracocha étant déjà vieux, ce fut son fils, Inca Yupanqui dénommé plus tard Pachacutec, qui devait défendre la vallée de Cuzco de ses terribles envahisseurs, les Chancas. Avec Pachacutec, «le Rénovateur», qui régna entre 1438 et 1471, commença la grande période d’expansion du royaume Inca. C’est la période que l’on qualifie «d’historique». En effet, sa victoire sur les Chancas ouvrit la porte à de nouvelles conquêtes, parfois incroyablement faciles et rapides. Pachacutec, fier de ses batailles contre ses ennemis irréductibles, se serait fait nommer Inca, alors même que son père était vivant, et contre la volonté de celui-ci – qui avait désigné comme successeur son autre fils, Urcos (qui régna peut-être pendant un temps très court, mais ne figure pas sur la liste des Incas). La suite de son règne fut un long cortège de victoires et de conquêtes. On le surnomme aussi le «Napoléon des Incas», car il prit en outre le temps de bâtir des villes, d’éditer des lois et de mettre sur pied une formidable administration. Il serait mort centenaire.

L’apogée de l’empire inca

Tupac Yupanqui, fils de Pachacutec, qui régna jusqu’en 1493, avait été appelé à co-régner avec son père, formant avec lui un vaste empire, que les autres souverains tenteront, non plus tellement d’agrandir, mais de conserver intact. Pour ces conquêtes, les incas n’utilisèrent pas que la force, et surent agir parfois avec une grande diplomatie. Les anciens chefs des tribus conquises demeuraient à la tête du nouvel état inca, et étaient invités à Cuzco, afin d’y être flattés, et de connaître la capitale du grand Empire. Leurs fils y étaient également envoyés pour apprendre la langue officielle, le runasimi, ou «langue de l’homme», qui devait remplacer peu à peu les innombrables dialectes particuliers des zones soumises. Comme les limites du Tahuantinsuyo reculaient de plus en plus, il fallut établir certaines institutions propres a conserver l’unité politique. Par exemple, l’on transplantait des tribus entières récemment conquises dans des zones assujetties et loyales. Tandis que leurs habitants d’origine s’en allaient coloniser les régions plus turbulentes. Cette pratique, les mitimae, permettait aussi de déplacer une population rebelle, et de la surveiller dans une région proche de la capitale.

Le début de la fin

Mais en 1532, Francisco Pizarro débarquait à Tumbes, au nord du pays, dans l’intention de conquérir l’empire inca, dont il connaissait l’existence et la richesse. Il avait suivi, quelques années auparavant, la côte Pacifique, recueillant ainsi de précieux renseignements sur ce royaume puissant, s’étendant plus au sud. Il savait aussi que le grand Inca Huayna Capac (régnant entre 1493 et 1525) était mort, laissant le pays divisé entre deux de ses fils : Huascar, l’héritier légitime, conçu par son épouse, et Atahualpa, le fils bâtard, mais préféré… La situation était peu brillante en ce vaste domaine : le souverain légitime, vaincu par les partisans de son frère, avait été fait prisonnier par celui-ci, qui tenait en main les rênes de l’ État. Le pays était alors partagé en deux camps ennemis, assoiffés de haine et de vengeance. Pizarro était conscient de l’opportunité de son arrivée : le moment était propice pour mettre à profit la guerre civile qui opposait les militants des deux prétendants au trône, au milieu du désordre général. Il décida donc de se mettre en route, et partit avec sa troupe à la rencontre de l’Inca Entre temps, Atahualpa, après avoir triomphé de son rival, séjournait dans la ville de Cajamarca. Là, il avait été informé que des hommes mystérieux, venant des mers, avaient pénétré sur le territoire inca et semblaient se diriger vers lui. Ces curieux individus, d’autre part, semblaient faire corps avec un animal étrange (le cheval), bien plus grand que le lama, inconnu jusqu’alors. Leurs armes, dont certaines crachaient des éclairs, leurs cuirasses, leur rapidité à se déplacer ne pouvaient qu’inquiéter l’entourage d’Atahualpa. Mais sur la foi des rapports qu’il avait reçu quant au petit nombre des Espagnols – et leur cupidité qui faisait plut*ot penser à une bande de brigands – ses craintes s’étaient peu à peu dissipées. Aussi, le nouveau souverain, encore grisé par sa récente victoire, ne sembla guère effrayé à la vue de ces visages barbus et fatigués, de ces chevaux épuisés, qui, après un voyage harassant de deux mois, étaient enfin parvenus à Cajamarca, où allait se jouer en un éclair le destin de tout un peuple et la fin de l’empire Inca.

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