Viringo, le chien pelo

Le Viringo ou le chien sans poil est une race célèbre de chien qui pourrait être décrit comme «punk» existe depuis le temps des Incas. C’est moche, sans poils et son espèce est protégée.. On le trouvera principalement sur les sites archéologiques. Mais il est si fameux aujourd’hui qu’il mérite bien un petit encart particulier. On l’appelle «pero chino» (en tout cas le «perro sin pelo» n’est pas le véritable «perro chino», une race très semblable sauf qu’elle a des poils sur la tête); «perro viringo» (un terme de la région de Cajamarca pour désigner un arbre sans branches) ou tout simplement «perro sin pelo del Perú».

Il mesure entre 25 et 65 cm de haut. On ne sait pas trop bien d’où il vient, d’Asie ou de nulle part. On estime qu’il vit depuis au moins 4 000 ans dans la région, car on a retrouvé des céramiques précolombiennes qui le mettent en scène. Eh oui, ne vous en déplaise, Monsieur est une véritable star de l’artisanat indigène: tous les peuples lui rendirent des hommages appuyés.

  • Les Chavin avec leur obélisque de Tello (d’après l’archéologue Marco Curatola).
  • Les Vicus avec leurs céramiques zoomorphes.
  • Les Mochica qui le dépeignaient comme un animal tout à fait familier, ce que la découverte de la tombe du Seigneur de Sipàn en 1987 confirma (on retrouva le corps du Seigneur entouré de huit squelettes de servants, deux de concubines et deux de chiens sans poil !).
  • Les Nazca qui, non contents d’en tirer de jolis portraits avec leur perfection polychromée, l’inclurent dans leurs grandioses et mystérieux pétroglyphes de la Pampa del Ingenio.
  • Les Sican qui le dessinèrent sur leurs instruments à vent.
  • Les Chancay dont la céramique noire et blanche manifesta pourtant plus d’érotisme dans les poses (ils reproduisirent abondamment son coût et exhibèrent ses bijoux de famille sans vergogne).
  • Les Chimu qui, en plus de les soumettre à leur jugement artistique, tâchèrent de les domestiquer pour garder leur maison et les avertir du danger.

Les Espagnols furent moins indulgents et ne semblèrent pas trop aimer le chien sans poil du Pérou, pas davantage que leurs maîtres indigènes. Le soupçonnant d’être la victime ou le complice de quelques sombres maléfices barbares, ils entreprirent de le chasser sans retenue. Triste époque pour notre canidé pelé! Certains, comme l’écrivain Abel León, soutiennent que des scientifiques espagnols en amenèrent alors en Europe pour être étudiés.

Le Kennel Club du Pérou et ses défenseurs commencèrent une âpre lutte et un éclatant débat pour démontrer l’origine de ce drôle de phénomène, et finirent par convaincre l’Assemblée générale de la Fédération cynologique internationale, le 12 juin 1985, qui l’inscrivit dans la rubrique «chien primitif». Mais c’est seulement le 30 janvier 1994 qu’il acquit le titre émérite de «chien sans poil du Pérou». Aujourd’hui, notre héros s’est répandu aux quatre vents d’Europe, en France, en Allemagne ou en Russie. Le 22 octobre 2001, le Congrès péruvien l’a même officiellement reconnu  «patrimoine national» !

Mais au fait, pourquoi n’a-t-il pas de poils? Selon un certain docteur Pedro Weiss, il ne s’agirait pas d’une race zoologique mais d’une variété tératologique, c’est-à-dire, un «mutant», une caractéristique génétique dite syndrome déhypoplasie ectothermique, qui, en langage profane, signifie à rendre chauve . A moins qu’il n’ait été abandonné par quelques lointains extraterrestres lors d’une perquisition sur notre planète ?

S’il est plutôt laid, il est véloce et peut atteindre 60 km à la course, et peut faire des bonds de deux mètres de haut. La pigmentation de sa peau dépend de son exposition solaire : au soleil, il devient noir charbon, à l’ombre on le retrouve pâlichon ou presque rose bonboné On lui prête des pouvoirs médicinaux dont rougirait un spécialiste: il cicatriserait des plaies en les léchant, son sang servirait à soigner des maux d’asthme, les chiots auraient servi de compresses contre des infections oculaires, tout juste morts on les aurait plaqués sur l’estomac pour combattre la fièvre typhoïde et le typhus, ou sur le dos pour vaincre la pneumonie.

Des chroniques noires de Chincha prétendent que les Chancay, peut-être trop confiants, les mangeaient pour s’assurer leurs bienfaits thérapeutiques. En tout cas, on mangeait jadis (qui sait peut-être encore) une bonne soupe de tête de chien, censée lutter contre les problèmes d’origine nerveuse. L’urine de ces chiens possédait le don miraculeux d’extirper les verrues. Enfin, comme si tout cela n’était pas tout, on élaborait à partir des cendres du crâne une pommade pour combattre la gangrène; et ses excréments étaient loués car ils étaient les diarrhées et fortifiaient l’estomac.

Notre «chien sans poil» a quelques cousins à qui confier sa peine millénaire: en Chine, comme on l’a dit plus haut, il existe un phénomène presque identique, mais qui pousse l’outrecuidance jusqu’à n’exhiber qu’une maigre touffe de poils sur la tête; au Mexique, le «xoloitzcuintle» ou «chien pelé mexicain» est un peu plus costaud; en Argentine, on connaît le «pila» et au Paraguay le «yagua».

En tout cas, il fait l’objet dun commerce lucratif: des éleveurs vendent un chiot en Europe jusqu’à 5 000 US$, en raison de sa notoriété! Mieux vaut résider au Pérou: il vous en coûtera entre 100 et 150 dollars américains le spécimen!

Vous n’y croyez toujours pas ? Et pourtant, on a bel et bien institutionnalisé ce noble compagnon, en consacrant à Jour du Chien sans Poil du Pérou à le 12 juin. Il faut dire qu’il serait en voie d’extinction. Une bonne raison, peut-être, pour éviter de lui donner des coups de pieds la prochaine fois que vous le croisez, en braillant  «qu’est-ce qu’il est moche ce clebs!» Mieux vaut y penser à deux fois, avant de s’attaquer à un tel monument historique.

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